Z, 17 ans de libertinage et toujours pas de bouton pause
Il y a quelques mois, Z m’a proposé d’écrire des chroniques sur son site. Dans les premières minutes, j’ai dit non. Mais vous le connaissez : quand une idée lui tient à cœur, il sait la défendre. J’ai fini par céder. La preuve : vous êtes en train de lire.
Je vous livre donc une première chronique. Si elle vous intéresse, d’autres pourront suivre.
Au fil de ces chroniques, je tenterai de vous raconter mon monde libertin, tel que je l’ai traversé au fil des ans. Avec ma vision, ma perception, mes souvenirs et mes partis pris. Pour l’objectivité absolue, vous vous êtes trompés de vestiaire.
Des personnages ont marqué cette vie : bien sûr, Kais et son frère Hamed, Luc de l’Acanthus, Bernard du Quai17, les Clailau de MondeLibertin, Paulette et Michel ( absolu) Alexandre et Lionnel ( Absolu)… Chacun a sa place dans mes souvenirs, et j’aurai l’occasion de vous en parler. Peut etre aussi des nouveaux...
Mais je ne pouvais commencer que par Z. Cette première chronique, je l’écris grâce à lui, pour lui, et pour cette estime qu’il a su gagner, année après année. À force, ça méritait bien quelques lignes. Vous ne me connaissez pas, mais j’ai un peu débordé, comme Z… un peu moins quand même.
Vers 2004-2005, mon Paris libertin avait son emploi du temps : le Quai17 le mardi, l’Overside le mercredi, le No Comment le vendredi et le samedi. Le jeudi, on pouvait éventuellement faire une lessive.
Le Mask naissait. Les Chandelles, à mes yeux, perdaient un peu de leur éclat. Paris Première venait filmer nos soirées et les trentenaires prenaient possession des clubs. Toute une époque que je vous raconterai dans une autre chronique.
Dans le milieu que je fréquentais, une grande majorité ne voulait pas entendre parler des hommes seuls. Petit problème : j’étais un homme seul. J’avais donc le profil idéal pour participer au débat, à condition de réussir à passer la porte.
C’est dans ce paysage que Z débarquait avec GangbangsHards. Autant dire qu’il n’avait pas choisi le concept le plus consensuel du moment. Nous cherchions à équilibrer les soirées ; lui arrivait avec une proposition qui allait sérieusement compliquer le plan de table.
Au premier abord, je le pensais égocentrique. En le connaissant, j’ai découvert un mot plus juste : magnanime. Il prenait de la place, certes, mais savait aussi en faire aux autres. Disons qu’il fallait passer le vestibule de l’ego pour découvrir la taille du salon.
Et il était passionnant. Son acolyte de l’époque m’enthousiasmait nettement moins, mais c’est Z qui m’intéresse ici. Il croyait à son concept et se démenait comme un chien enragé pour le faire exister.
L’homme avait de l’énergie. Pour les économies d’électricité, il faudra repasser.
De mon côté, avec MondeLibertin, j’organisais des soirées plutôt destinées aux couples. Je n’étais évidemment pas fermé aux hommes seuls : cela aurait demandé un certain talent pour me contredire. Mais je veillais à ce qu’ils viennent principalement accompagnés, avec une parité claire. Dans l’esprit, nous étions assez loin du gang bang.
Z m’avait contacté pour une soirée dans un très beau château. Il m’avait fait visiter et j’avais accepté de communiquer pour lui.
Le château était magnifique. La soirée, beaucoup moins.
Je n’en ai plus les détails en tête, et je ne vais pas vous reconstituer une catastrophe de mémoire pour meubler le récit. Ce dont je me souviens parfaitement, en revanche, c’est de la suite.
J’avais lu un mea culpa de Z, sur son site ou sur le mien. Il reconnaissait ses erreurs. Et pendant ce temps, il se faisait démolir.
Ça m’avait frappé. J’avais vu suffisamment d’organisateurs et de clubs faire des conneries pour connaître la chanson : quand ça marchait, c’était grâce au patron ; quand ça ratait, les clients n’avaient manifestement pas été à la hauteur du concept.
Lui assumait.
Alors j’ai pris sa défense. Je n’ai plus les mots exacts, mais l’idée était simple : pour une fois que quelqu’un reconnaît ses erreurs, on pourrait peut-être lui laisser une chance au lieu de finir de l’enterrer.
Je crois qu’il a apprécié. Moi, j’avais apprécié son geste. Je défendais une attitude, et c’est là que je situe le vrai début de notre confiance.
Nous avons ensuite collaboré plusieurs fois, notamment sur Wyylde Wyylde Sex. Et là encore, il m’a bluffé. Engagé, réactif, débordant d’idées. Parfois tellement débordant qu’on aurait volontiers installé une bassine.
Avec Z, vous pouviez être en train de régler un problème pendant qu’il vous proposait trois nouveautés. Certaines excellentes. D’autres qui demandaient de reprendre son souffle avant de répondre. Mais il bossait, s’impliquait et cherchait à tenir ce qu’il avait promis.
Ça a été une très belle aventure.
Pour en retrouver l’ambiance, je vous laisse quelques récits :
Le récit d’Adam, sur Nouveaux Plaisirs
Et si vous vous demandez pourquoi certaines garde-robes libertines ressemblent à la réserve d’un théâtre, nous avons peut-être une petite part de responsabilité. Depuis 2015, je vois ressortir chaque année des tenues que nous avions imposées. À ce stade, ce ne sont plus des achats : ce sont des investissements.
Avant, dans les clubs parisiens, on faisait la fête. À mes yeux, c’est à partir de 2012 que l’ambiance a commencé à retomber. Progressivement, la fête a perdu sa place. Le champagne avait encore des bulles, les soirées un peu moins.
Avec Wyylde Wyylde Sex, nous pensions justement montrer aux clubs parisiens que les Parisiens avaient encore envie de faire la fête. Danser, rire, se déguiser, puis prolonger la soirée selon les affinités. Le public avait encore de l’énergie : il ne venait pas uniquement vérifier la literie.
À nos yeux, cette soirée en était une belle démonstration. Nous espérions qu’elle donnerait des idées aux clubs parisiens. Visiblement, le message n’est pas arrivé partout.
Il y a des raisons à cette évolution, et elles méritent qu’on s’y attarde. Mais à mes yeux, les clubs parisiens ont raté quelque chose.
En province, j’ai vu l’Absolu comprendre cet esprit et le développer largement. Bravo à eux. Aujourd’hui, je le retrouve aussi au Before, le B4.
Je ne dis pas que Z a tout inventé, tout seul, un mardi après-midi. Il serait capable d’y prendre goût. Mais dans l’histoire que j’ai vécue, il était parmi ceux qui lançaient les idées, faisaient bouger les habitudes et ouvraient des possibilités.
Z a aussi inspiré beaucoup d’organisateurs. Dans mon souvenir, il a été l’un des premiers à se faire véritablement un nom en tant qu’organisateur. Forcément, ça a donné des idées. Beaucoup ont voulu faire comme lui. Le concept se copiait assez facilement ; le talent et la capacité de travail, visiblement, étaient vendus séparément.
Parmi ceux que j’ai vus suivre ses traces à l’époque, je n’en vois plus beaucoup aujourd’hui. Il en reste peut-être qui m’échappent.
Et puisque le sujet revient souvent, voilà mon avis : les organisateurs n’ont pas tué les clubs parisiens. Ils ont pris un marché que ces clubs avaient délaissé. L’envie de faire la fête était toujours là ; d’autres ont répondu à la demande.
Je parle bien des clubs parisiens : hors d’Île-de-France, ce constat est beaucoup moins vrai. Je vous parlerai de tout ça dans une autre chronique, si celle-ci vous plaît. À ce rythme, je viens de m’engager sur une série.
Alors laissez en commentaire un souvenir, ce qui vous a fait apprécier Z, un reproche… ou simplement un like. Pour les reproches, ils ont intérêt à être bien construits : des faits, des arguments, un peu de tenue. Pour une fois qu’on en exige dans le milieu.
Les compliments sont aussi les bienvenus, mais on parle de Z : ne le léchez pas trop, on essaie de lui rendre hommage, pas de le lustrer.
Z a également contribué à redonner une place et une image aux hommes seuls. Quand on se souvient de l’accueil qu’on leur réservait, ce n’était pas un petit chantier.
Et son influence dépasse les gens qui connaissent son nom. Les idées circulent, les formats se reprennent, les habitudes s’installent. On peut profiter de ce mouvement sans avoir rencontré celui qui y a participé.
Son site donne aussi une idée de sa visibilité. Voici les ordres de grandeur que nous avons réunis pour juillet 2026, en visites mensuelles estimées par Similarweb :
Wyylde : 8 300 000
Libertic : 5 000 000
Union : 361 000
Derrière Le Rideau — Z : 230 000
La Voix du X : 127 000
Nouveaux Plaisirs : 23 300
L’Absolu : 21 000
La Chrysalide : 10 400
Les Chandelles : 10 300
Le Before — B4 : 10 000
Le Cupidon : 6 600
Le Glamour : 4 300
Ces sites ont des activités différentes ; ce n’est donc pas un concours à armes égales. Et nous parlons de visites estimées, pas de visiteurs uniques. Mais 230 000 visites pour Derrière Le Rideau, ça fait tout de même du passage. Il va falloir renforcer la tringle.
Il y a aussi le baromètre des clubs libertins de MondeLibertin, fondé sur la fréquentation déclarée des soirées. J’y vois un éclairage sur la mobilisation des clients et la place qu’un lieu occupe dans leur vie libertine.
De mémoire, avant les difficultés de La Factory, elle figurait parmi les cinq premiers, alors qu’elle accueillait beaucoup moins de monde par événement que de grandes structures. Petite jauge, sacrée présence. Cette place passée n’est plus celle du classement actuel, mais elle m’avait marqué.
La fermeture administrative de La Factory a ouvert un autre chapitre. La décision du Conseil d’État concerne cette fermeture, pas une condamnation pénale de Z.
Pour ma part, cet épisode rejoint une inquiétude : celle de voir l’espace de nos libertés sexuelles se réduire. C’est mon regard sur l’époque. Et dans le combat de Z, je vois aussi une défense de la place des libertins.
Depuis notre premier contact, j’ai retrouvé chez lui cette volonté : essayer de tenir ses engagements, satisfaire ses clients, faire en sorte que les soirées se passent au mieux et assumer quand il se plante. En 17 ans, il a traversé des modes, contribué à en lancer et travaillé énormément. Le bouton pause, lui, reste introuvable.
Il y a enfin quelque chose de plus personnel. Quand je me suis éloigné du milieu en 2015, Z a continué à prendre régulièrement de mes nouvelles. Ça ne rentre dans aucun baromètre. Dans mon estime, pourtant, ça compte beaucoup.
Alors oui, pour moi, Z est un baron du milieu libertin depuis au moins vingt ans. Le titre devrait lui plaire. Si cet article nous oblige à l’appeler « Monsieur le Baron » dès lundi, j’en prendrai ma part de responsabilité. Évitez quand même de ne lui faire que des compliments : il serait capable de réclamer un château. On a déjà essayé, vous connaissez le début de l’histoire.
Cette influence, je le vois aujourd’hui la mettre au service des libertins. Et derrière le personnage, l’ego et les idées qui arrivent sans prévenir, je connais surtout un homme qui se démène.
Après La Factory, je ne doute pas qu’il rebondisse. Je suis curieux de voir ce qu’il va encore nous inventer.
Par précaution, je garde les costumes.
