Anorgasmie per coïtale masculine
Quand un homme n’arrive pas à jouir avec sa partenaire
Tout est là : Monsieur a du désir, une bonne érection et du plaisir…
Madame a eu du plaisir et même un ou plusieurs orgasmes…
Mais Monsieur n’arrive pas à finir, à jouir, à éjaculer, à atteindre l’orgasme…en
elle.
« Tout fonctionne… sauf à deux »
C’est une situation assez particulière.
L’homme peut avoir une érection normale, ressentir de l’excitation, apprécier les
rapports sexuels et la pénétration… pourtant il est incapable de jouir dans le
vagin de sa partenaire. Alors qu’il arrive à éjaculer sans difficulté lorsqu’il se
masturbe en solo…ou même avec elle…mais impossible de finir en elle.
Le scénario est alors souvent le même : les rapports commencent normalement,
le plaisir monte, mais à un moment donné, la progression vers l’orgasme semble
s’arrêter. L’homme peut continuer longtemps, changer de position, accélérer les
mouvements, essayer de « se concentrer » davantage… Rien n’y fait. Et
l’érection finit par mollir. Et plus le temps passe, plus une pensée apparaît : «
Pourquoi je n’arrive pas à jouir en elle ?» C’est précisément cette question qui
peut entretenir le problème.
Chez l’homme, on confond facilement plusieurs phénomènes : désir, excitation,
érection, orgasme et éjaculation. Pourtant, ce sont des mécanismes différents.
Un homme peut avoir beaucoup de désir pour sa partenaire, une excellente
érection et beaucoup de plaisir au cours de la pénétration sans parvenir à
atteindre l’orgasme. Il peut même avoir plusieurs rapports sexuels satisfaisants
sans jamais « finir ».
Cela ne signifie pas qu’il n’est pas attiré par sa partenaire ou qu’il ne prend pas
de plaisir. L’absence d’orgasme ne signifie pas l’absence de plaisir. Ces hommes
décrivent généralement une sensation de plaisir qui monte… puis qui plafonne.
Pourquoi ça marche en solo mais pas à deux ?
Cette situation est déroutante et perturbe beaucoup la partenaire. « Il n’arrive
pas à jouir en moi, mais il y arrive parfaitement sur moi avec la masturbation.
Pourquoi ? »
La masturbation gérée par l’homme offre un environnement extrêmement
contrôlé. L’homme connaît parfaitement les mouvements qui lui permettent
d’atteindre l’orgasme facilement et rapidement parce qu’il les pratique depuis
l’adolescence. La bonne pression, la juste vitesse, le rythme exacte, et la parfaite
position de la main. Durant la masturbation, généralement, la main fait un
mouvement de haut en bas, avec une certaine pression, sur un pénis sec et le
corps ne bouge pas… Ce qui est très diffèrent des sensations percues en intra
vaginal.
De plus, l’homme est libre de laisser son imaginaire et ses fantasmes aller où ils
veulent… aussi coquins et hards puissent être les fantasmes. Avec le temps, le
cerveau et la main peuvent avoir appris une véritable « recette » efficace de
l’orgasme. Et la répétition régulière de cette pratique peut engendrer un
conditionnement très particulier. Or, un rapport sexuel ne reproduit pas
forcément cette stimulation.
Pendant le rapport sexuel, la pénétration procure des sensations très différentes
de celles obtenues lors de la masturbation : ce n’est pas le même enserrement,
pas la même pression, pas la même humidité, et c’est tout le corps qui bouge. Et
l’imaginaire est parfois gêné par la honte ou la culpabilité pour aller vers ses
fantasmes habituels.
Ou alors le cerveau n’arrive pas à monter un niveau d’excitation suffisant car
depuis des années, toute l’excitation prend sa source dans les films
pornographiques et l’homme devient alors dépendant de ce support d’excitation.
Et lors du rapport à 2, il y a rarement ce support visuel devenu indispensable.
Donc il n’y arrive pas.
Certains hommes ont des techniques de masturbation très spécifiques et très
éloignées de la pénétration : une pression importante, un rythme rapide ou un
mouvement très précis (parfois conditionné par les premières expériences
masturbatoires de l’adolescence) qui peuvent être difficiles à reproduire avec une
partenaire. Il peut donc être parfaitement fonctionnel sexuellement… mais n’avoir
appris à jouir que d’une seule manière. C’est le conditionnemment de l’orgasme.
Et le stress qui aggrave la situation
C’est souvent là que les choses se compliquent.
Le plus souvent, la pénétration est agréable. Parfois l’homme n’ose pas libérer
son imaginaire érotique par culpabilité, honte ou gène…Et très souvent il peut
également se mettre une pression supplémentaire avec des injonctions telles
qu’« Il faut absolument que je jouisse. », « Ça fait déjà vingt minutes. », « Elle va
croire que je ne la désire pas ou qu’elle ne me plait pas ou que ca ne me plait
pas. » .
Et bien sûr, le stress et l’hyper pression ne font jamais bon ménage avec une
sexualité épanouie. Le cerveau quitte alors le ressenti pour entrer dans le
contrôle. L’homme commence à surveiller son érection, son niveau d’excitation,
les réactions de sa partenaire, le temps qui passe… et il est absolument
incapable d’intégrer les sensations voluptueuses et de lâcher prise. Or
l’orgasme nécessite précisément l’inverse : un certain abandon du contrôle.
C’est l’un des grands paradoxes de la sexualité : plus on cherche à
provoquer volontairement l’orgasme, plus il peut devenir difficile à
atteindre.
Le vécu double de la partenaire
Au début, la partenaire peut apprécier la particularité… Un homme qui dure
longtemps, qui ne cherche pas, égoïstement, son plaisir uniquement (car il sait
qu’il n’y arrivera pas) et qui est capable de s’occuper d’elle, peut contraster avec
certaines expériences qu’elle a pu avoir précédemment (éjaculateur un peu
rapide). Et le fait qu’il lui propose d’éjaculer ailleurs que dans le vagin, peut dans
un premier temps, être excitant et diffèrent de ce qu’elle a connu précédement,
avec une nouvelle source de plaisir.
Mais si l’homme ne confesse pas à sa partenaire qu’il a toujours été comme ça,
incapable de jouir dans un vagin…avec toutes ces partenaires précédentes… La
femme peut alors se sentir vexée et/ou blessée. « Est-ce que je ne lui plais pas ?
», « Est-ce qu’il ne me désire plus ? », « Est-ce qu’il pense à quelqu’un d’autre ?
», « Est-ce que je ne suis pas assez excitante ? » ou « Est-ce que je ne suis pas
assez bonne ? »
Elle peut également redoubler d’efforts : nouvelles positions, stimulation plus
intense, rapports plus longs… Et paradoxalement, cette pression supplémentaire
peut aggraver le problème. Le couple peut alors entrer dans une sorte de course
à l’orgasme. Plus elle essaie de le faire jouir, plus lui se sent obligé de jouir, et
moins cela fonctionne. C’est un cercle viscieux.
Le piège du « il faut finir »
Chez certains couples, l’orgasme masculin devient progressivement la
conclusion obligatoire du rapport sexuel. Un rapport « réussi » serait un rapport
au cours duquel l’homme éjacule dans le vagin. Un rapport sans orgasme
devient alors un échec. Et c’est une erreur.
La sexualité ne se résume pas à une succession d’objectifs à atteindre.
Une érection n’a pas besoin de finir en éjaculation pour être réussie. Et un
rapport sexuel peut être satisfaisant sans orgasme. Paradoxalement, accepter
cette possibilité peut parfois permettre à l’orgasme de revenir.
Mais il faut parfois rechercher une cause médicale
Même lorsque le problème semble essentiellement sexologique, il ne faut pas
tout mettre sur le compte du « psychologique ».
Certains médicaments peuvent perturber fortement l’orgasme masculin,
notamment certains antidépresseurs (les Inhibiteurs de la recapture de la
sérotonine peuvent rendre l’orgasme difficile à atteindre).
Certaines maladies neurologiques, le diabète, certaines interventions
chirurgicales ou des troubles hormonaux (déficit en testostérone) peuvent
également intervenir.
L’âge, la fatigue, l’alcool ou certaines consommations de toxique (cannabis)
peuvent aussi modifier la réponse sexuelle.
Une question simple permet souvent de faire la différence :
« Est-ce que vous arrivez à avoir un orgasme lorsque vous êtes seul ? »
Si la réponse est oui, cela oriente généralement vers une anorgasmie
situationnelle plutôt que vers une incapacité orgasmique globale.
Mais cela ne dispense pas d’une évaluation médicale lorsque le trouble est
récent, brutal ou associé à d’autres symptômes.
Comment sortir de ce cercle ?
La première étape consiste souvent… à arrêter de vouloir absolument jouir.
Cela peut sembler paradoxal, mais il faut parfois réapprendre à avoir des
rapports sans objectif d’orgasme. Pendant quelque temps, l’objectif peut
simplement être de retrouver les sensations, le plaisir, la proximité et l’excitation.
La masturbation en solo peut également être adaptée. Il ne s’agit pas de
l’arrêter, mais parfois de modifier progressivement les habitudes : diminuer la
pression, ralentir, varier le rythme et les techniques de stimulation afin de rendre
l’orgasme moins dépendant d’une seule manière de faire. C’est un
déconditionnement
La sexualité avec la partenaire peut alors aussi intégrer davantage de stimulation
pénienne directe, si elle est agréable pour l’homme. Il ne faut surtout pas
considérer que seule « la pénétration doit suffire ».
Il existe plusieurs techniques de déconditionnement. Par exemple, il peut y avoir
une masturbation et lorsque l’homme approche du point de non retour, il peut
alors entrer dans le vagin.
Enfin, dans certains cas, l’homme reconnait un nombre élevé de masturbation
quotidienne et bien sur, plus il y a eu d’éjaculation, plus il est difficile de jouir à
nouveau avec sa partenaire…
Faut-il consulter ?
Lorsque la situation devient source de souffrance pour l’un des 2 partenaires,
une consultation avec sexologue peut être très utile.
Ce dernier interrogera Monsieur et le questionnera sur :
• sa capacité à atteindre l’orgasme seul ;
• les circonstances dans lesquelles l’orgasme est possible ;
• ses habitudes de masturbation (fréquence et modalité technique) ;
• les médicaments pris ;
• les éventuelles maladies ou interventions chirurgicales ;
• la qualité du désir et des érections ;
• et la manière dont le problème est vécu dans le couple.
L’objectif est de permettre au sexologue de comprendre ce qui bloque
réellement.
Parfois, quelques conseils suffisent (arrêt du porno, diminution de fréquence
masturbatoire, discussion sur diverses techniques…)
Dans d’autres situations, un accompagnement sexologique permet de sortir
progressivement de la pression de performance et de retrouver une sexualité
plus satisfaisante.
La situation peut également devenir problématique en cas de désir de
grossesse. Dans ce cas, le couple se retrouve dans une impasse. Une
consultation dans un centre spécialisé en médecine de la reproduction permet de
discuter des alternatives et des options à mettre en place en fonction du bilan du
couple.
Et si l’on arrêtait de parler de « performance » ?
L’homme qui n’arrive pas à jouir dans sa partenaire peut avoir l’impression que
son corps « ne fonctionne pas ».
C’est souvent faux. Son corps fonctionne. Son désir fonctionne. Son érection
fonctionne. Son orgasme et son éjaculation fonctionnent mais pas dans ce
conditionnement.
Le problème n’est donc pas nécessairement de savoir comment « réparer » un
homme qui ne jouit pas. Il faut plutôt comprendre dans quelles conditions son
orgasme est possible, pourquoi ces conditions ne sont pas réunies à deux, et
comment retrouver progressivement une sexualité moins contrôlée.
Car l’orgasme masculin n’est pas un examen à réussir. Et parfois, pour enfin
jouir à deux, il faut commencer par arrêter d’essayer de réussir.
