Evitons Samarcande

C’est bizarre de vivre avec cette impression d’essayer de fuir la Mort et donc d’essayer de faire un maximum de choses, vite, vite, vite..

L’horloge tourne, le cancer ou la 3eme guerre nous guettent.. « Voir dans les yeux des ravissantes que Cinquante ans, c’est déjà la Province  » (Brel).

Vite, vite vite, ouvrir une autre Facto..
Vite, vite, vite, profiter d’être encore aimé, peut être pour la dernière fois.
Vite, vite, vite, bander, peut être pour la dernière fois
Vite, vite, vite, accrocher un sourire, un regard.
Vite, vite, vite, avant que le RN ne prenne le pouvoir et décrète que ma carte de séjour va durer moins de temps que prévu.
Vite, vite, vite, organiser encore, avant que la Préfet ou la justice nous disent de partir.
Vite, vite, vite, profiter encore de la présence de ma fille avant qu’elle ne prenne son indépendance et laisse la maison vide
Vite, vite, vite, ne pas s’arrêter, jamais, même si le corps me trahit, même si l’amour me trahit, même si la justice m’injustice.
Vite, vite, vite, rendre les gens heureux, encore un soir, encore un samedi.. Essayer d’être pour une fois non court termiste.
Vite, vite, vite, les aimer assez pour ne pas qu’ils m’oublient.

J’ai peur. J’ai si peur, de ne plus avoir de sentiments assez purs.

Dormir.
Peut être pour la dernière fois.

J’ai peur.
Cours Zoheir, cours, la Mort est à un pâté de maisons. Devance la, fais la languir, évite Samarcande.

5 commentaires

  1. Un bon résumé de notre état d esprit d homme ou de femme. Avant même de savoir marcher, nous voudrions courir. Vite vite toujours plus vite, en ne voulant rien regretter. Et si notre regret était de ne pas prendre le temps et d apprécier le moment présent comme étant le dernier. Merci Z pour ce billet digne d une chronique philosophique sur France Inter 😅😉. Pierre

  2. Comment ça : vite ! vite !…

    Et si l’approche inexorable de notre cinquantaine devenait une bénédiction et nous offrait l’occasion de commencer à ralentir pour mieux ressentir… Il est des plaisirs que seule la lenteur peut nous procurer. Prendre le temps de prendre le temps est un luxe qui tu mérites de t’offrir. Tu nous as montré que tu n’es plus un serviteur qui doit plaire et faire plaisir à tout prix (au détriment parfois de ta santé), mais que tu peux t’autoriser à souffler, lentement, profondément. « You did the job » et personne ne pourra prétendre le contraire. Tu as légitimement le droit d’imposer ton pas. Lorsque la vie t’enlève quelque chose, tu te rends comptes que tu aurais aimé en profiter plus longuement, pas plus vite ni plus souvent mais plus profondément…

    Et puis tous ces petits riens qui font tout. Tu sais, les effluves de ton plat favori qui commencent à s’échapper de ta cuisine emplissant ta maison d’une odeur réconfortante mais qui ne sera à point que dans deux heures… Tu sais, ce moment hors du temps ou cette femme réajuste lentement son bas le long de sa cuisse … Tu sais, ce moment où tu penses être aimé pour la dernière fois et que tu voudrais faire durer à l’infini… Tu sais, aimer profondément les gens pour qu’ils aient en retour le temps de t’aimer…

    Tu sais, La mort peut attendre, tu sais…

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