La légitimité de pratiques sexuelles
Aujourd’hui, une affaire qui semble locale pourrait avoir des conséquences bien plus larges pour les communautés kink et les sexualités alternatives. Un organisateur @DerriereLeRideau a ouvert un lieu dédié à des rencontres sexuelles collectives — autrement dit des gangbangs, ou ce que certains appellent plus pudiquement la « pluralité masculine ». Des voisins contestent cette activité et l’affaire pourrait être portée devant le Conseil d’État pour « atteinte à la dignité humaine », avec le soutien d’associations féministes opposées à la pornographie et au travail du sexe.
Au-delà de la personne ou du lieu, ce qui risque d’être jugé, c’est la légitimité même de certaines pratiques sexuelles consensuelles. Si ce type d’argument juridique l’emporte, il pourrait créer un précédent permettant de remettre en cause d’autres pratiques : domination, soumission, jeux de rôle, et bien d’autres. Même celles et ceux qui pensent être loin de tout ça pourraient être concerné·es, car l’histoire montre que les régulations morales commencent souvent par les marges. Ne pensez pas être à l’abri parce que vous ne fréquentez pas les gangbangs : la question est celle de la liberté sexuelle dans son ensemble. On voit déjà se multiplier les formes de censure — sur les réseaux sociaux, sur les plateformes de diffusion de porno, et dans les règles imposées par les acteurs du paiement en ligne.
En tant qu’Américaine vivant en France, j’observe tout cela dans un contexte plus large. Le retour de figures politiques comme Donald Trump et la montée de mouvements autoritaires un peu partout dans le monde nous rappellent que les libertés — y compris sexuelles — ne sont jamais acquises. Les périodes de dérive fascisante s’accompagnent presque toujours d’un contrôle accru des corps, du désir et de l’expression sexuelle. Pour moi, le féminisme ne consiste pas à dicter aux femmes ce qu’elles devraient désirer, mais à défendre leur autonomie. Défendre des sexualités consensuelles, même celles qui ne sont pas les nôtres, fait partie de cette lutte plus large contre les logiques d’oppression.
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