Il s’appelait Pierre Brossolette

Il naît le 25 juin 1903 à Paris, dans le 16e arrondissement, au sein d’une famille d’enseignants républicains.
Fils d’un inspecteur primaire, il brille dès l’enfance : lycée Janson-de-Sailly, Louis-le-Grand, premier à l’École normale supérieure en 1922, agrégé d’histoire en 1925.
Officier de réserve, il enseigne et se lance dans le journalisme : L’Europe nouvelle, Le Populaire (quotidien socialiste), Radio-PTT.
Militant SFIO dès 1929, antifasciste convaincu, il dénonce Munich en 1938 et perd son poste à la radio.
Marié à Gilberte Bruel en 1926, père de deux enfants, il incarne l’intellectuel engagé de gauche.

La guerre de 1939-1940 le révèle soldat. Mobilisé lieutenant au 5e régiment d’infanterie Navarre, promu capitaine, il reçoit la Croix de Guerre pour avoir ramené tous ses hommes armés lors de la retraite vers Limoges en juin 1940.
Démobilisé, il refuse Vichy. Dès l’automne 1940, il participe à la manifestation du 11 novembre aux Champs-Élysées.
En 1941, Agnès Humbert l’introduit au réseau du Musée de l’Homme : il rédige le dernier numéro du journal clandestin Résistance et échappe de peu à la rafle.
Il rejoint ensuite la Confrérie Notre-Dame du colonel Rémy sous le pseudonyme « Pedro », devient chef de la section presse-propagande.
Avec son épouse, il rachète une librairie russe au 89 rue de la Pompe : véritable plaque tournante, boîte aux lettres et lieu de réunion pour résistants.
Il contacte Libération-Nord et l’Organisation civile et militaire (OCM), envoie des rapports détaillés à Londres sur la situation française.

Avril 1942 marque le tournant : exfiltré par Lysander près de Saint-Saëns, il arrive à Londres comme représentant de la Résistance intérieure.
Reçu par le général de Gaulle, il propose de rallier des socialistes et des modérés.
Intégré au BCRA, il devient adjoint du colonel Passy (André Dewavrin) et prend la tête de la section « opératoire » chargée de relier les deux Résistances.
Promu commandant, il prononce 38 éditoriaux à la BBC, dont le célèbre « Saluez-les, Français ! Ce sont les soutiers de la gloire » (22 septembre 1942).
De Gaulle le surnomme « le philosophe du gaullisme ».
Il effectue trois missions périlleuses en France.

Première mission (juin 1942) : il organise l’exfiltration de Charles Vallin et André Philip.
Deuxième mission, « Arquebuse-Brumaire » (janvier-avril 1943) : parachuté avec Passy et l’agent britannique Yeo-Thomas, il unifie les mouvements de zone occupée.
Il crée le Comité de coordination de zone nord (CCZN), regroupant OCM, Libération-Nord, Ceux de la Résistance et Francs-Tireurs et Partisans.
Malgré des tensions avec Jean Moulin, son travail pave la voie au Conseil national de la Résistance.
Troisième mission (septembre 1943) : il réorganise les réseaux après l’arrestation de Moulin et l’affaire de la rue de la Pompe.
Nommé conseiller politique d’Émile Bollaert, nouveau délégué général, il prépare l’administration de la Libération.

Fin 1943, rappelé à Londres, l’exfiltration par avion échoue.
Le 2 février 1944, Brossolette et Bollaert embarquent sur la pinasse « Jouet des flots » depuis la Bretagne.
Le bateau s’échoue près de Plogoff. Réfugiés chez des résistants, ils sont arrêtés le 3 février à Audierne lors d’un contrôle, puis incarcérés à Rennes sous fausse identité.
Le 16 mars, la Gestapo identifie Brossolette grâce à un rapport intercepté.
Le 19 mars, ils sont transférés au 84 avenue Foch, siège parisien du Sicherheitsdienst.

Les tortures commencent immédiatement. Pendant deux jours et demi, Brossolette subit interrogatoires, coups, privations.
Menotté dans le dos, il ne livre aucun nom, aucun réseau.
Le 22 mars 1944, pendant la pause-déjeuner de son gardien, il se lève, ouvre la fenêtre de la chambre de bonne au 5e étage.
D’un bond héroïque, il se jette dans le vide. Il rebondit d’abord sur le balcon du 4e étage avant de s’écraser sur l’avenue.
Transporté à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, il meurt vers 22 heures sans avoir parlé, ne donnant que son propre nom.
Son geste sauve des centaines de camarades.

Pierre Brossolette, Compagnon de la Libération depuis 1942, incarne le sacrifice suprême.
Ses cendres, incinérées au Père-Lachaise, reposent depuis 2015 au Panthéon aux côtés de Jean Moulin.
Journaliste, intellectuel, stratège, il fut l’un des principaux artisans de l’unité de la Résistance derrière de Gaulle.
Sa mort héroïque, préférant le suicide à la trahison, reste un symbole éternel de courage et de fidélité.
Aujourd’hui encore, des rues, lycées et plaques commémorent cet homme qui, face à la barbarie, choisit la liberté jusqu’au bout.

C’était un 22 Mars.

Il s’appelait Pierre Brossolette

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